Agartha. Un désert, où cohabitaient nomades et sédentaires. Cependant l'assèchement progressif des oasis développa la cupidité des sédentaires qui se mirent en guerre les uns contre les autres. Les cités tombèrent une à une devant ce fléau jusqu'à ce qu'il ne reste que 1400. Les nomades quant à eux préférèrent éviter ces conflits en priant leur Divinité de leur accorder un sommeil de deux millénaires. Mais quand ils se réveillèrent, ils furent non seulement confrontés à des citadins beaucoup plus avancés technologiquement mais aussi à une hostilité tangible. Hostilité contre ces nomades ressurgit du passé mais aussi hostilité au sein même de la ville de 1400. Puis une nouvelle guerre éclata : la Révolution. Est venu à nouveau le temps du choix : se battre ou partir ? Ainsi naquit l’Exode, un mouvement rassemblant nomades et citoyens souhaitant fuir la guerre en partant par-delà les montagnes vers un territoire glacé où vit un peuple étrange.

Lorsque le passé et le futur se rencontrent...


    Rencontre au milieu des pages [Zéphyr & Sola] (terminé)

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    Sola Guening
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    Sola se tenait, debout, à peine réveillée, en bas de son hôtel et dans une petite rue, elle aussi à peine réveillée. Un ou deux passants la traversaient de temps en temps, et la jeune femme les regardait avancer, ou plutôt tenter de s’extirper de l’ouate endormie qui englobait toute cette allée silencieuse. Leurs pas se faisaient lents, comme ralentis dans un éther de chaleur matinale, d’heure d’aube juste entamée, de silence absolu en dehors du bruit étouffé des pas, et de calme omniprésent.

    Elle regardait ce petit théâtre amorti, une main le long du corps, et l’autre fermement fixée à sa valise. Chaque fois qu’elle quittait, ainsi, une de ses chambres, elle éprouvait un petit pincement au cœur, de regrets, de nostalgie, de souvenirs, mais qui était très rapidement effacé par la quantité de découvertes qu’un nouveau lieu lui apporterait. Elle se sentait, à nouveau, libre.

    Elle contemplait ainsi la lumière s’établir progressivement, s’imprégnant complètement de l’aura reposante de la rue, depuis une dizaine de minutes. Elle flânait, parfois, faisait un pas d’un côté, de l’autre, s’amusant à varier les points de vue, les champs de vision, mais se contentait de graviter autour d’un point fixe, comme attirée par un trou noir fictif. Un bruit vint alors briser sa méditation mouvante. Un claquement, très léger, très épuré, juste à côté d’elle. Un son qu’elle n’aurait pas pu entendre sans le silence total. Puis, en un instant, tout changea ; et la rue se retrouva plongée sous une averse torrentielle, comme entraînée par cette première goutte qui venait de s’échouer au sol.

    De véritables nappes d’eau s’écroulaient au sol, s’affaissant en flaques coulantes, mobiles, serpentant tout autour des monts et vallées les plus infimes sur le sol. La demi-douzaine de personnes qui marchait à cet instant à travers la rue s’anima en un instant, se précipitant au plus vite vers un abri ; fuyant un ennemi aussi puissant et omniprésent qu’inoffensif. Sola se régala un instant de l’instant, de l’averse, tourbillonna comme une enfant une fois au milieu de l’allée, goûta à la fraîcheur, à la douceur de l’élément liquide, puis rejoint la fuite, vers un bâtiment qui avait déjà attiré son attention quand elle s’amusait à parcourir la rue. Elle poussa la porte de la bibliothèque, complètement trempée, ayant volontairement oublié d’utiliser son parapluie. Sa valise, ses vêtements, et ses cheveux étaient trempées, quand elle quitta le chaos soudain de la rue, pour revenir à une ambiance douce et voluptueuse. Elle salua les bibliothécaires à l’entrée, et s’avança dans le bâtiment, sans la moindre idée de ce qu’elle comptait y faire.

    Les bibliothèques, aussi récentes et modernes soient-elles, étaient toujours envahie d’une odeur apaisante de papier, commune aux vieux livres comme aux nouveaux. Une odeur douce, toujours pleine de souvenirs, de bons moments, de silence. Une odeur qui plongeait déjà l’esprit des lecteurs dans une médiation calme, juste par les mots. L’une des odeurs qu’elle préférait. Sola plongea un instant son regard dans la fenêtre, voyant au dehors la rue balayée par des trombes d’eau excitées par un vent qui, bien que simulé, était d’une intensité incroyable.
    Elle marcha, quelques pas, tentant d’effacer au mieux le bruit, dans le désir absolu de conserver le calme de la pièce. Elle entendait tous les sons qu’elle produisait comme amplifiés, comme un véritable brouhaha, tant le reste de la pièce était silencieux. Heureusement pour elle, une seule personne se tenait dans la première pièce.
    Ne se sentant pas de lire, Sola s’assit en face de lui, et l’observa, alors qu’il était plongé dans sa lecture. Son apparence avait attiré son attention. C’était un jeune homme d’une incroyable finesse, pâle et léger, très efféminé, et donc d’une beauté conséquente. Sola n’avait jamais trouvé d’intérêt pour un type de visage en particulier, mais l’apparence de cette personne lui procura une forte impression, dans sa délicatesse, dans son élégance.
    Elle sourit ; la journée commençait très bien. Elle espérait pouvoir faire connaissance avec lui au plus vite, sentiment renforcé quand elle étudia avec plus d’intérêt son expression. Il avait un visage assez dur, qui s’opposait globalement à son apparence juvénile, mais surtout, paraissait complètement absorbé, englouti dans sa lecture. Elle sentait, rien qu’en le regardant, à quel point toutes ses capacités mentales étaient engagées, et travaillaient ardemment, à quel point il s’investissait dans cette activité simple.

    Cette passion calme, et ce visage, passionnait Sola. A présent en elle se déroulait un combat entre son impatience d’en apprendre plus sur cet individu et son respect d’une telle passion dans la lecture. Un élément y mit toutefois terme, à savoir le nombre de pages sans cesse décroissant qu’il lui restait à parcourir. Elle estima qu’il aurait terminé son livre dans moins d’une dizaine de minutes, et décida, ainsi, d’attendre, avec l’espoir qu’il ne s’évaporerait pas ni ne se replongerait dans un autre livre à la taille conséquente, qu’il était obligé de poser sur une table.
    Après que le temps se soit conséquemment ralenti, et qu’il finisse après une interminable éternité par refermer son livre, les gestes engourdis, elle s’avança vers sa table, l’esprit comme un feu joyeux qui vient de s’allumer.

    « Excusez-moi ? »

    Elle posa sa question, un sourire aux lèvres, avec le ton le moins agressif possible.
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    Un livre qui se referme
    "Je pars avec l'assurance que des jours meilleurs viendront car rien n'es pire que l'Enfer dans lequel nous vivons."

    Le texte s'arrête sur cette phrase manuscrites, des initiales effacés troublant à jamais l'identité de la personne les ayant tracé dans ce tome ancestrale. Ce sont ces mots-mêmes qui ont attisé l'intérêt de Zéphyr pour le livre en premier lieu. Le livre ouvert au hasard à la dernière page lui avait fourni un mystère bien intriguant qui l'avait poussé à dévorer chaque page du livre avec la curiosité vorace qui caractérise ceux qui aiment comprendre.

    Même sa lecture terminée, le mystère flotte toujours. En effet, le livre en lui-même compte les péripéties d'un chef de guerre de l'ancien temps. Il paraitrait logique que l'auteur écrive ces mots à la fin de son récit. Cependant, les évènements racontés se sont passés il y a des siècles de cela et ni l'encre ni le tome ne sont assez vieux pour remonter au temps de l'auteur.

    L'esprit de Zéphyr tourbillonne alors qu'il ferme le livre, sourcil froncé et regard songeur. Il est sur le point de se lever pour remettre le livre à sa place lorsqu'une voix de femme l'interpelle.

    "Excusez-moi ?"

    Il lève les yeux et se retrouve face à une jeune femme souriante dont le regard semble illuminé d'une flamme. De quoi, Zéphyr ne sait pas trop. D'excitation peut-être.

    "Oui?" répond-il un peu sèchement.

    Zéphyr n'est pas du tout sociable et tout contact avec les étrangers le laisse méfiant. Cela donne souvent l'impression à ses interlocuteurs qu'il est quelqu'un d'impoli. Peut-être est-ce mieux ainsi, songe-t-il en fronçant légèrement les sourcils. Cela lui évite les ennuis.

    Il est pris d'un léger sentiment de culpabilité à l'égard de la jeune femme qui parait pour le moins avenante et sans arrière-pensée. Ce sentiment se dissipe très vite. On ne peut pas se fier aux apparences. Il a raison de se méfier, qui sait à quoi pense cette jeune femme. La méfiance n'est pas un tort. Certes, se dit-il, mais la clé c'est de ne pas en abuser.

    "Je peux vous aider?" demande-t-il, d'un ton moins agressif quoique toujours sur ses gardes.
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    Sola Guening
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    Il était méfiant. Sola s’écarta un peu, rétablissant une sorte de distance de sécurité entre eux. Ce qu’elle craignait le plus, en s’approchant d’inconnus, était d’avoir l’air de les agresser, d’une quelconque façon. Elle se contenta, donc, de sourire légèrement, face au ton sec et à l’air presque antipathique du jeune homme, qui en devenait adorable, quand elle parvenait à lire la culpabilité dans ses yeux.

    Son imagination formait déjà de multiples histoires et idées à propos de ce qui pouvait l’avoir amené à être ainsi, à contenir une telle distorsion entre un enfant et un adulte. Mais elle ne pouvait pas encore le regarder, l’inspecter, à la recherche d’une cicatrice, d’une marque d’un passé qui expliquerait son regard et son apparence. Elle respira, se calma, et répondit, en essayant de parler doucement, ouvrant derrière chaque mot des dizaines d’opportunités, cherchant à montrer sa bonne foi.

    « Je ne vous dérange pas, au moins ? En fait, j’aimerais… Simplement, faire connaissance. J’ai remarqué, le livre que vous lisiez, à l’instant. Je l’ai déjà lu, mais je pensais que vous pourriez m’éclairer sur son sens. Enfin…

    Elle jeta un regard vers une fenêtre proche. Elle savait exactement ce qu’elle verrait, et se contentait de faire ce geste pour renforcer sa crédibilité ; comme si elle n’avait pas prévu d’utiliser cette phrase, cette simple formule, qu’elle estimait rassurante.

    Enfin, si vous pouvez le faire le temps d’une averse. »

    Après ces mots, elle tira une chaise à elle, en la soulevant à peine, encore une fois pour garder le silence. Elle s’assit, dans un chuintement, ramenant sa valise à côté d’elle, son sac sur ses genoux.
    Sola était à la fois soulagée et fière d’elle d’avoir pu, alors qu’il le refermait, lire le titre du livre. Il racontait les périples et batailles d’un ancien général, dont elle ne put se souvenir le nom. Elle se souvenait avoir lu d’autres histoires, à son propos, et d’en avoir imaginé d’autant plus. Systématiquement, ce genre de héros marquait systématiquement son imaginaire, et celui-ci d’autant plus qu’énormément de mystères planaient sur lui. Elle avait construit dans sa tête des dizaines de scènes, s’était même imaginée à sa place, le temps d’un rêve. Ainsi, même si elle ignorait le véritable passé de cet homme, elle en avait déjà tissé de nombreux, et chacun était aussi invraisemblable que logique.

    Cela ne la dérangeait pas de ne pas connaître la vérité. Mais un tel homme était soit admiré de son interlocuteur, soit, au moins, l’avait intrigué ; et en parler serait sûrement un bon moyen de se rapprocher.

    Il lui résisterait, elle pouvait donc se permettre de considérer leur rencontre comme un jeu. Un jeu où elle devrait arriver à le connaître.
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    Un joueur ou un roi?
    "Je ne vous dérange pas, au moins ?" demande la jeune femme doucement. "En fait, j’aimerais… Simplement, faire connaissance. J’ai remarqué, le livre que vous lisiez, à l’instant. Je l’ai déjà lu, mais je pensais que vous pourriez m’éclairer sur son sens. Enfin…"

    Zéphyr ne dit rien. Il réfléchit. Son esprit analytique se donne à cœur joie alors qu'il examine la flemme qui prend place en face de lui. Elle a l'air jeune et d'une certaine manière, similaire à lui même. Elle arbore cette allure de femme-enfant, coincé entre deux âges, comme il se sait être lui-même.

    Plutôt que de le mettre à l'aise cette familiarité lui fait froncer les sourcils. Il sait ce qui a causer cet état étrange d'entre-deux chez lui et il doit se demander ce qu'elle a vécu pour se retrouver en ce même endroit.

    "Enfin, si vous pouvez le faire le temps d’une averse." ajoute la jeune femme, ignorante des pensées qui agitent l'esprit de Zéphyr.

    Le regard de Zéphyr tombe sur le livre. Si elle l'a lu comme elle le dit pourquoi a-t-elle besoin d'explications? Pour son esprit empli de suspicion la demande à l'allure d'une excuse. Et puis il y a cette valide posée à côté de la chaise de son interlocutrice. Elle l'intrigue et à la fois attise sa méfiance. Il n'est pas commun de se rendre à la bibliothèque valise en main. D'autant qu'il n'y a pas beaucoup d'endroit où voyager à Agartha, mis à part le désert et rares sont les citadins qui tentent l'expérience à moins d'avoir une raison professionnelle.

    "Il n'y a pas grand-chose que je puisse vous dire." se force-t-il enfin à répondre. "J'ai lu ce livre par curiosité mais je ne suis en rien un expert en histoire."

    Les yeux cendrés se lissent alors qu'ils examinent la jeune femme aux cheveux carmins et au visage innocent.

    "A vrai dire je ne lis pas beaucoup pour le plaisir et je ne trouve que peu d'intérêt aux épopées militaires." un semi-mensonge, s'il est vrai que le plaisir n'est jamais une priorité, il prend du plaisir à lire ces récits d’antan et plus particulièrement celles qui relatent l'histoire militaire d'Agartha, celles qui peuvent lui donner quelques indices quant aux troubles actuelles de leur monde. "En vérité, ce qui m'a intrigué n'est pas le livre en lui-même mais les mots manuscrits sur la dernière page."

    Il aimerait voir de la déception sur ce visage encore enfantin et l'entendre s'excuser du dérangement avant de la voir se lever et partir mais au fond de lui, il sait que ce ne sera pas aussi simple. Il a un peu le sentiment d'avoir entamé une partie d'échec avec cette jeune femme, et il n'est pas sur de savoir s'ils sont les joueurs ou les rois.
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    Sola Guening
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    Sola, assise, sentait peser sur elle le regard méfiant de son interlocuteur, et, comme en réponse, sourit. Un sourire franc, large, clair. Elle s’attendait à être déçue, et avait eu au contraire une longue phrase, et une ouverture évidente. Elle redressa son dos, ses épaules, sa nuque, rafraîchit sa pose, ses cheveux, et avança ses bras jusqu’au livre, qu’elle effleura durant sa phrase.

    « Je n’attendais pas l’aide d’un expert en histoire, simplement d’un autre lecteur, et ils sont peu nombreux, croyez-moi. Mais peu importe. »


    Elle fit un effort pour se remémorer des mots qu’il venait d’évoquer. Une simple phrase, qui l’avait marquée elle aussi, mais pas assez pour représenter plus qu’une épave dans l’océan de sa mémoire. Une épave encrassée de corail, mais dont elle aperçut finalement le mât.

    « Je me souviens à peu près des derniers mots… Mais, excusez ma question, mais vous commencez les livres par la fin ? »

    Ses épaules mimèrent un rire, léger, sa voix était montée plus haut que pour une simple question. Elle aurait pu avoir l’air de se moquer, si son être entier n’avait, à cet instant, exprimé une parfaite empathie, une totale acceptation, qui transformait ce qui aurait pu être une insulte en une simple question, un banal trait d’humour.
    Comme pour dissiper sa gêne, elle reprit.

    « Enfin, je crois comprendre pourquoi ces mots vous ont intrigué. En tous cas, moi aussi, ils m’avaient marqué… Mais je crois que je n’étais pas comme n’importe qui, lorsque je les ai lu. Car j’ai surtout trouvé insultant de penser que rien ne pouvait être pire que ce qu’il avait vécu… Bien que la souffrance physique puisse être forte, j’ai la conviction qu’il existe des maux de l’esprit bien plus horribles, ou en tous cas des hommes qui ont vécu bien pire, car ils ont souffert toute une vie, et pas le temps d’une campagne. Sans dénigrer ses exploits, je trouve présomptueux de considérer avoir vécu le pire. Qu’en pensez-vous ? »

    Elle reprit une inspiration longue, calmant son corps, avant de réfléchir à nouveau. Ses yeux retombèrent sur le regard sombre du jeune homme ; et s’y stoppèrent. Elle tremblait, à peine, et, à cet instant, tenait à accrocher son regard. Car en dehors de ses yeux, ses mains trahissaient son émotion, frémissantes, oscillantes sur la table, ses doigts courant sur de courtes distances, comme fuyant l’afflux de sentiments que lui procuraient systématiquement des aveux, même cachés sous des sous-entendus, des doubles sens.

    Elle n'avait pas perdu son calme durant une rencontre depuis longtemps.
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    Le véritable désespoir
    La jeune fille sourit ne semblant aucunement importuné par la froideur initiale de son interlocuteur.

    "Je n’attendais pas l’aide d’un expert en histoire, simplement d’un autre lecteur, et ils sont peu nombreux, croyez-moi. Mais peu importe" lui dit-elle l'air amusé. "Je me souviens à peu près des derniers mots… Mais, excusez ma question, mais vous commencez les livres par la fin ? "

    Ses épaules s'agitent comme si elle riait. Zéphyr reste de marbre. Il n'est pas de ceux qui apprécie l'humour, surtout quand il est à ses dépends. Il sait cependant que ce genre de remarque n'est pas toujours formulé de manière insultante et laisse l'eau couler sous les ponts.

    "Enfin," reprend-elle. "Je crois comprendre pourquoi ces mots vous ont intrigué. En tous cas, moi aussi, ils m’avaient marqué… Mais je crois que je n’étais pas comme n’importe qui, lorsque je les ai lu. Car j’ai surtout trouvé insultant de penser que rien ne pouvait être pire que ce qu’il avait vécu… Bien que la souffrance physique puisse être forte, j’ai la conviction qu’il existe des maux de l’esprit bien plus horribles, ou en tous cas des hommes qui ont vécu bien pire, car ils ont souffert toute une vie, et pas le temps d’une campagne. Sans dénigrer ses exploits, je trouve présomptueux de considérer avoir vécu le pire. Qu’en pensez-vous ?"

    Zéphyr ne peut s'empêcher un bruit de dérision. Ce qu'il en pense? Il va se faire un plaisir de lui dire exactement ce qu'il en pense de ses illusions naïves et juvéniles. Fut un temps, il se serait lancé immédiatement dans une tirade grinçante la regardant de haut de son œil vieilli par l'expérience. Il n'est plus tout à fait pareil désormais et c'est pourquoi il se contente d'une question, rhétorique et cinglante, visage neutre mais regard dur:

    "Toi, tu n'as jamais connu le désespoir, n'est-ce pas?"

    Il la tutoie inconsciemment, reprenant par habitude une position de supériorité face à la jeunesse qu'il n'a jamais côtoyé comme égal. Ce n'est pas tant qu'il se croit mieux mais plus qu'il sait être différent. Tant mieux pour elle. Il ne souhaiterait à personne d'avoir son expérience si détestable que son esprit a tout enfermé dans un coffre cadenassé. S'il sait qu'il ne le souhaiterait à personne c'est que tout n'est pas sous clé et ce qui l'est à laissé en lui un peur glaçante.

    "Tu penses comme quelqu'un qui n'a jamais souffert. Tu dis qu'il a souffert le temps d'une campagne?" un rire froid. "Lorsque tu vois l'Enfer ne serait-ce qu'un seul instant, il te suit pour le restant de tes jours. Si tu ne t'es jamais retrouvé dans une situation ou la mort était plus douce que la vie, alors tu ne sais pas ce qu'est l'Enfer."

    Ses yeux sont toujours rivés sur le visage de la jeune fille qui lui parait de plus en plus enfantin. A-t-il un jour été aussi naïf? Si oui, il n'en a aucun souvenir.

    "Il n'y a pas de différence entre le soldat mort et celui qui vit, d'une façon ou d'une autre, il ne quitte jamais le champ de bataille. La seule chose c'est que celui qui vit est condamné à vivre perpétuellement les horreurs dont il a été témoin. C'est un cauchemar sans fin, qui laisse les plus forts pleurant et tremblants pour que quelqu'un y mette fin." Zéphyr inspire profondément, s'obligeant à calmer son ton montant. "L'Enfer dont cette phrase parle c'est la guerre. Il n'y a rien de pire que la guerre. C'est une vérité que ceux qui n'ont jamais lutté pour leur vie au détriment de celle des autres ne peut pas comprendre."
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    Sola Guening
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    Sola resta immobile un moment, soutenant le regard et les mots du jeune homme, sa respiration constituant son seul mouvement. Elle avait cessé de sourire.

    Elle était venue interroger cet homme en simple intéressée, mais ces derniers mots lui demanderaient un tout autre degré d’implication. Elle était profondément irritée de son erreur, de son manque de calme, qui lui renvoyait le sien, et de son ton méprisant.
    Elle détestait par-dessus tout cette habitude que possédaient personnes qui, l’esprit émoussé par une existence monotone, subissent des réactions exagérées à la première phrase qui vient directement devant leur esprit. Ils compensent ainsi leur manque d’émotions par des éruptions violentes, et agressives. Et il se trompait sur elle, largement.

    Délicatement, elle souleva ses mains, les retourna, paume vers le sol, sur la table, étendant lentement ses doigts. Son regard était complètement plongé dans celui de son interlocuteur, mais était cette fois habité d’une détermination et d’un sérieux qui tranchait complètement avec sa personnalité. L’ambiance de la conversation venait de changer, radicalement, et son allure de pair. Elle prit une inspiration.

    « Pour quelqu’un qui ne porte que peu d’intérêt aux épopées militaires, vous me paraissez bien généreux à ce sujet.

    Elle regretta instantanément de n’avoir pu contenir ce fil de mépris, mais repris avant de lui laisser le temps de répondre.

    « Excusez-moi si je vous ai offensé. Mais, je vous déconseille de porter un jugement aussi hâtif, à l’avenir.

    Encore une fois, son orgueil venait ponctuer ses phrases. Elle l’écarta momentanément, elle ne devait pas s’impliquer directement.

    « J’ai connu le désespoir, peut-être bien plus que vous ne paraissez le penser. La souffrance peut prendre de nombreuses formes. Si cet homme a souffert, si j’ai souffert, n’importe qui en a fait autant. Notre vie n’est qu’une succession de souffrances et de joies, et nous ne vivons que pour les secondes. Si nous n’en trouvons pas directement, alors, notre esprit en créé directement.

    « Après avoir vécu la souffrance, je l’ai côtoyé. Longtemps. Partout. Je connais ses formes, ses conséquences. N’importe qui vous dira qu’il a plus souffert que n’importe qui. Vous n’êtes pas le premier à me reprocher de n’avoir jamais souffert, vous…


    Elle se leva complètement, sa voix se mit à partir dans des élans incontrôlés.

    « Vous pensez sûrement que j’ai une vie parfaite ? Que seuls ces soldats peuvent… Peuvent ressentir la << véritable souffrance >>, le << véritable désespoir >> ? On lutte sans arrêt, pour notre vie. Si ces soldats sont à moitié morts, alors je connais des êtres qui n’ont jamais vécu. Des personnes, des habitants de 1400, qui ne se battent pas pour les autres, mais pour rester en vie. Des êtres seuls, qui passent parfois des années entières sans parler ni voir personne. Vous prétendez qu’ils n’ont pas vécu le désespoir, eux non plus, puisqu’ils n’ont pas fait la guerre ?

    « Avez-vous déjà seulement discuté avec un nomade ? Affronté une tempête de sable, affronté la nature, la solitude, la conviction profonde de votre mort imminente, la connaissance parfaite de mener un combat inutile, dont toutes les issues se valent ? Alors, j'ai la conviction profonde que l'Enfer est dans notre coeur. Et, ainsi, que ses représentations sont infinies.»


    Elle respira, une fois, deux fois, se rassit. Elle avait peur, à présent.
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    Le véritable désespoir
    A chaque avez-vous seulement? prononcé par la jeune fille, l'irritation de Zéphyr montait d'un cran supplémentaire. Avait-il seulement? Bien sur qu'il avait. Il était passé par tout ce qu'elle citait. Que les soldats qui souffre? Elle était dure d'oreille ou quoi? La vie n'avait pas entendu que Zéphyr ait un statut militaire pour tout lui enlever.

    Elle connait des gens qui ont plus souffert? Qui ont passé des années sans voir ni parler à personne? Quelle blague! Pour qui est-ce qu'elle se croyait cette gamine qui venait lui faire morale sans rien savoir de lui. C'était exactement ce qu'il reprochait aux femmes et aux humains de manière générale. Cette façon de parler comme s'ils savaient mieux que tout le monde alors qu'ils n'avaient rien vu.

    Un rictus rageur déforma ses traits au moment même il détecta du coin de l'oeil une lueur bleue en provenance de son bras nu. Il plaqua son autre main contre le membre rebelle et le serra à s'en faire blanchir les doigts, se concentrant pour lui faire reprendre une teinte normale. Il n'avait vraiment pas besoin de causer un massacre dans une bibliothèque.

    Lorsqu'il eut repris un semblant de contrôle sur ce corps qui ne lui appartenait plus complètement, il tourna un regard noir vers la fille.

    "Tu ne devrais pas prendre ce ton-là avec des gens dont tu ne sais rien. Tu es tellement à côté de la plaque que ça en est risible. J'ai presque pitié de toi." cracha-t-il dédaigneusement, avant de se détourner.

    Il alla remettre le livre à sa place et se dirigea ensuite vers les papiers et dossiers laissés sur la table. Son regard fit attiré par l'un des dossiers d'enquête qu'il avait retiré des archives de l'armée. Le rapport de l'affaire Shrapnel. La fameuse. Son regard se durcit, ses mâchoires se serrèrent et sa main se referma encore un peu plus autour de son bras.

    "Ne te méprends pas. Il y a du vrai dans tes mots. Mais j'ai pas envie d'entendre ça d'une gamine qui pense qu'elle a tout vécu parce qu'elle a eut une crise d'adolescence un peu difficile. Tu crois que parce tu t'es fait la malle pour aller voir le monde tu es une experte en souffrance?" il se tourna vers elle, regard glaciale. "T'as l'air de me prendre pour un crétin qui ne fait que lire des livres mais dis-toi ça: tu ne sais pas quoi je suis ou ce que je fais dans la vie, tu n'est absolument pas en mesure de porter des jugements sur moi ou sur mes opinions."
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    Sola resta un instant à regarder le sol, comme un enfant qu’on gronde et qui ne trouve rien à faire de plus constructif que de scruter les imperfections du parquet.
    Son cœur battait vite, et fort. Mais une chose manquait à la ressemblance de cette scène avec les innombrables altercations qu’elle avait pu avoir. L’essentiel. Ce qui l’avait toujours insupporté, ce qui l’amenait systématiquement à se taire. Ce qui pourrissait une conversation, la rendant absolument stérile. Son interlocuteur, même si manifestement énervé, ne faisait pas encore preuve de mauvaise foi.

    Un rictus se forma sur les lèvres de la jeune fille, deux minuscules larmes se formèrent aux commissures de ses yeux. Plus ce dialogue lui était éprouvant, plus elle était intéressée par ce jeune homme. Elle releva les yeux, une chape d’ombre sur le regard, et l’air calme. Elle faisait un gros effort pour calmer sa respiration.
    Elle ne se serait pas excusée auprès d’un idiot.

    « Avant toute chose, même si vous ne faisiez que lire des livres, vous seriez l’un des derniers individus que je considèrerais comme un crétin.

    Elle laissa un temps après cette phrase, insistant lourdement dessus.

    « Je regrette d’avoir donné l’impression de vous mépriser, ou de me penser meilleure que quelqu’un d’autre. Et excusez ma phrase précédente… Cette conversation me rappelle de mauvais souvenirs.

    Sa voix était à nouveau douce, lente, posée. Elle voulait convaincre le jeune homme de sa complète sincérité, et ne pourrait pas le faire sans avoir l’air neutre.

    « Je vous explique justement que je n’ai rien vécu. Sur cela, vous avez raison, mais vous vous trompez en m’accusant de penser le contraire. Je n’ai rien vécu, et j’ai vu très peu. Et voilà pourquoi j’ai du mal à imaginer qu’un Enfer puisse exister. C’est justement mon ignorance, et la connaissance profonde de mon ignorance qui m’interdis de penser qu’il puisse y avoir une limite à la souffrance humaine, une limite à la portée de chacun.

    « Et je cherche moins à vous juger qu’à vous comprendre. »
    Zéphyr Shrapnel
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    Nanoqin
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    Il vaut mieux l'ignorer
    Mis à part le fait que Zéphyr était tout bonnement ravi d'apprendre que ses années d'études n'avaient finalement pas servies à rien, il du se mordre pour ne pas railler son interlocutrice sur leur tout premier point commun. A lui aussi la conversation lui rappelait des mauvais souvenirs, raison exacte pour laquelle il avait envie de tout plaquer et de retourner s'enfermer chez lui avec son travail et ses problèmes.

    "Je vous explique justement que je n’ai rien vécu. Sur cela, vous avez raison, mais vous vous trompez en m’accusant de penser le contraire. Je n’ai rien vécu, et j’ai vu très peu. Et voilà pourquoi j’ai du mal à imaginer qu’un Enfer puisse exister. C’est justement mon ignorance, et la connaissance profonde de mon ignorance qui m’interdis de penser qu’il puisse y avoir une limite à la souffrance humaine, une limite à la portée de chacun." il l'écoutait avec une moue dubitative, commençant à se dire, de manière très peu charitable, qu'elle devait avoir un mal de chien à s'exprimer si c'est qu'elle avait voulu entendre par ses paroles précédentes. "Et je cherche moins à vous juger qu’à vous comprendre."

    Ces paroles furent la goutte d'eau. La colère de Zéphyr s'estompa aussi rapidement qu'elle était montée. A sa place resta une grande fatigue qui vint lui peser sur les épaules. Il poussa un long soupir et se frotta le front avec le dos de sa main.

    "Crois-moi il y a des choses qu'il vaut mieux ne pas comprendre." dit-il à la jeune fille en se détournant d'elle. "Si tu ne comprends pas comment voir l'Enfer dans une vie, réjouis-toi. C'est mieux comme ça. Crois-moi ceux qu'il l'envisage bien donnerait n'importe quoi pour être comme toi."

    Il commença à ranger ses affaires lentement. Il voyait arriver les ruminations noires qui comme des chaînes l'empêchaient de se détacher des cauchemars qui furent un temps sa réalité.

    "Qu'est-ce que je donnerais pas moi..." murmura-t-il dans sa barbe, plus pour lui-même que pour la jeune fille dont son esprit faisait momentanément abstraction.

    Tout et n'importe quoi, voila ce qu'il donnerait. Pour retrouver ce qu'il avait perdu? Non. Il était de ces pessimistes qui croyait qu'une fois perdues les choses ne revenaient pas. Pour tout effacer? Oui. S'il pouvait effacer jusqu'à sa propre existence, il le ferait sans une seule seconde d'hésitation. Ce que le Paradis était pour d'autres, le Néant absolu était pour lui.  
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    Sola Guening
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    Les mots du jeune homme rassurèrent Sola. La chaleur reprit sa place dans ses membres, de sa poitrine aux extrémités de ses doigts. Elle réprima un sourire de contentement et de fierté à l’idée d’avoir réussi à se calmer, puis à mettre un terme à l’altercation naissante.

    Même en sachant que les mots qu’avaient prononcé son interlocuteur n’était que le fruit d’un élan de colère soudain, conséquence d’une émotion violente et brusque, que Sola avait éveillé ; il restait encore dans sa tête, comme si, après avoir consumé la rétine de sa conscience, il restait imprimé dessus. Elle s’efforçait donc, submergée par son subconscient, de paraître le plus mâture possible.

    Elle avait le souffle court, et la tête lourde. Chaque instant, elle devait se battre, refouler la douleur qu’elle ressentait, à la fois conséquence des mots du jeune homme, et empathie pour ce qui l’amenait à penser ainsi.
    Sola souffrait de voir une telle colère, une telle souffrance, dans un être si jeune, beau, et dont elle se sentait si proche. L’ampleur de l’émotion dont il venait de faire preuve se répercutait directement sur son cœur, et elle n’en souffrait que davantage.
    Elle déglutit avant de répondre. A la fin de ses phrases, sa voix se cassait parfois, quand sa douleur prenait l’emprise sur sa gorge.

    « Peut-être qu’il en est ainsi. Peut-être que cela me sauvegarde de ne pas pouvoir comprendre une telle souffrance. Je le crois volontiers. Mais ce genre de pensée m’est déjà venu. Lorsque j’ai commencé à questionner le monde, à remettre en question. Je voyais autour de moi, et aujourd’hui je rencontre des personnes qui ne se posent aucune question. Ils sont heureux, puisqu’ils ne voient pas ce qui moi me fait souffrir. Ils souffrent moins que moi, et sont plus souvent heureux, leur idéal étant bien plus facilement atteignable. Mais pour autant, je ne les envie pas.

    « Bien que j’aie conscience de sacrifier quelque chose, je suis pleinement heureuse de ma condition. Peut-être pensez-vous que… C’est un autre signe de ma puérilité, cette absence de regret. Et peut-être avez-vous raison. Il est probable que, exposée à une véritable souffrance, je perde toutes mes convictions, que je souhaite, que je prie de toutes mes forces, pour tout effacer, pour revenir à mon innocence stupide, et faire en sorte de rester ignorante à jamais. Mais, je n’ai pas pour habitude de me préoccuper du futur.

    Dans sa tête, la voix du jeune homme railla, « et tu essayes de ne pas te montrer puérile ? ». Elle cligna des yeux.
    Elle expira une dernière fois.

    « Je m’appelle Sola Guening, je suis auteure. »

    Elle s’éloigna d’un pas, comme craignant d’avoir à nouveau provoqué la colère de son interlocuteur.
    Zéphyr Shrapnel
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    Nanoqin
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    Je ne te comprends pas
    Il écouta ses paroles attentivement, sourcils froncés. Il ne la comprenait pas. Si elle souffrait comme elle le disait, pourquoi chercher à comprendre en plus la peine des autres. Zéphyr lui se contentait très bien de la sienne, déjà trop lourde à portée sans avoir à en rajouter. Il cligna plusieurs fois sous le coup de l'incompréhension. Vraiment il ne voyait pour quelle raison cette fille pourrait bien essayer de passer une charge additionnelle sur son fardeau émotionnelle. Mais bon, se dit-il, à chacun sa façon de faire.

    "Je m’appelle Sola Guening, je suis auteure." la présentation sonnait comme une conclusion, une offre de paix étrangement combiné à un mouvement de recul.

    Bon, peut-être n'avait-il pas fait très bonne impression, mais ce n'était pas comme s'il avait l'habitude de frapper le premier venu parce qu'il s'était énervé.

    "Zéphyr Shrapnel, scientifique-chercheur." se présenta Zéphyr, le plus poliment qu'il puisse paraître après tout ce qui venait de se passer.

    Il examina la jeune fille d'un regard calculateur.

    "Sans vouloir paraître impoli Mademoiselle Guening, je ne pense pas que vous soyez vraiment venu me parlez de ce livre." continua-t-il en adoptant de nouveau le vouvoiement dans son effort de diplomatie. "Si vous le voulez bien j'aimerais que vous me disiez la véritable raison pour laquelle vous m'avez approché."

    A dire vrai, il avait déjà une vague idée de ce que l'auteure venait faire de par chez lui, et il n'était pas complètement sûr qu'il avait envie de poursuivre la conversation. En même temps vu la frayeur qu'il lui avait apparemment faite il lui devait bien quelques minutes de son temps.
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    HRP:
    C'est très court mais j'espère que ça te conviendra! Si ce n'est pas le cas, shoot moi un message Wink
    Sola Guening
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    Face à la réaction plus calme du jeune homme, Sola tenta un sourire timide. Elle se rassit, et se balança imperceptiblement sur sa chaise.

    « Evidemment, je ne voulais pas particulièrement parler de ce livre. Mais, reste que ce genre de héros méritent de l’intérêt. Et ma démarche est avant tout curieuse, j’ai la conviction que tout savoir est bon à prendre. Quant à vous, et bien… Je retrouve en vous des dizaines de points qui vous rendent passionnant. Je pourrais tous vous les énumérer, à moins que vous refusiez l’idée que je puisse admirer un individu que je ne connais pas, en dehors de suppositions, et vous auriez probablement raison. Au fond, je souhaiterais simplement discuter avec vous, au-delà du sujet de la discussion. Cela pourrait s’avérer plus intéressant que ce que vous donnez l’air de penser. Ni moi ni vous ne pouvons comprendre l’autre, au point actuel des choses, et, en toute honnêteté, je m’en voudrais de me contenter de vous avoir énervé.
    Je ne sais pas si cela suffira en geste de bonne foi, mais je vous paye un café ? »


    Elle craignait à nouveau de l’avoir énervé. Mais elle n’aimait pas jouer à l’équilibriste, et préférait être honnête. Une pointe de culpabilité lui bloquait la poitrine, elle se sentait un peu étouffée. Elle concentra son regard sur un point fixe, un morceau rapiécé de papier qui dépassait d’un livre, juste à droite du visage de Zéphyr. Elle ne voulait pas regarder le reste de la salle, elle ne voulait pas avoir à nouveau cette sensation abominable, cette sensation que tout se rapprochait, que les meubles, le sol et le plafond, enflaient de façon dérangeante, absorbant tout l’air de la pièce, et compressant violemment sa cage thoracique. Ce dégoût horrible, ce relent désagréable que sa conscience faisait lentement ressurgir, après avoir replongé dans les souvenirs de son enfance.

    Elle jouait déjà à l’équilibriste dans sa tête. Une pensée de trop, une bribe qui s’échappait de son conscient, et elle pouvait très bien s’effondrer violemment sur le sol. Elle avait besoin d’air, de sortir, de s’échapper, elle voulait l’air de la nuit, elle voulait soudainement courir. Son esprit se démenait, à peine contenu dans une nasse coupante, qu’elle tentait d’installer laborieusement. Son cerveau abritait une lutte intense entre conscient et subconscient, qui se faisait au détriment absolu de sa réflexion et de son calme. Son cœur battait étrangement, un peu trop fort, et un peu n’importe comment. Elle s’accrochait au seul espoir que Zéphyr parvienne à être de bonne foi. S’il refusait le dialogue…
    Sola s’efforça de ne pas y penser. Au mieux, elle parviendrait à sortir de la bibliothèque avant que vienne sa crise.
    Mais non, une seule personne était à ce point capable de ne pas l’écouter. Une seule personne au monde était à ce point dénudée de la moindre capacité d’écoute. Et Sola n’aurait plus jamais à parler avec lui. Zéphyr ne pourrait pas en arriver là, et personne n’y arrivera.
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    Nanoqin
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    Après le silence
    "Évidemment, je ne voulais pas particulièrement parler de ce livre. Mais, reste que ce genre de héros méritent de l’intérêt. Et ma démarche est avant tout curieuse, j’ai la conviction que tout savoir est bon à prendre. Quant à vous, et bien… Je retrouve en vous des dizaines de points qui vous rendent passionnant. Je pourrais tous vous les énumérer, à moins que vous refusiez l’idée que je puisse admirer un individu que je ne connais pas, en dehors de suppositions, et vous auriez probablement raison. Au fond, je souhaiterais simplement discuter avec vous, au-delà du sujet de la discussion. Cela pourrait s’avérer plus intéressant que ce que vous donnez l’air de penser. Ni moi ni vous ne pouvons comprendre l’autre, au point actuel des choses, et, en toute honnêteté, je m’en voudrais de me contenter de vous avoir énervé.

    Je ne sais pas si cela suffira en geste de bonne foi, mais je vous paye un café ?"


    Zéphyr écoutait chaque mot avec attention. D'ordinaire, il aurait envoyer la demoiselle paître sans aucune arrière pensée mais en l'occurence il se sentait vaguement coupable et peut-être aussi un peu intrigué. Mais ce qui l'emporta fut la lassitude. Souvent il avait l'impression que son existence n'était qu'un long combat et parfois lui prenait l'envie d'abandonner, de concéder sa défaite et de simplement se laisser aller. Bien sûr, il n'y arrivait jamais complètement. Déformation professionnelle pourrait-on dire, même dans ses moments de faiblesse il restait un soldat endurci par les champs de batailles, que ceux-ci soient physique ou émotionnels.

    Il finit par lâcher prise avec un soupir fatigué.

    "Allons prendre un café." dit-il en se levant.

    Il dirigea ses pas vers l'entrée de la bibliothèque, sans jamais regarder derrière lui pour voir si la jeune femme le suivait. Il ne demanda pas où elle préférait aller, jouant la carte de la simplicité et se dirigeant vers le café de la bibliothèque. Il s'installa à la table la plus proche et ce ne fut qu'une fois assis qu'il leva le regard vers son interlocutrice.

    "Je ne peux pas vous empêcher de poser vos questions Mademoiselle Guening mais je ne garantis pas les réponses." lui annonça-t-il d'entrée de jeu. "Il y a beaucoup de choses dont je ne souhaite parler ni à vous ni à personne d'autre et je vous prierais de ne pas insister si je refuse de répondre à l'une de vos questions."
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    HRP:

    Désolé pour la très longue attente! C'est un peu court en plus...Si tu veux que j'allonge ma réponse fais-moi signe!
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    Sola suivit le jeune homme, à moitié calmée. Il avait accepté sa proposition, mais restait silencieux et plutôt taciturne. Restait qu’il avait perdu un peu de mépris dans sa voix, ce qui était, pour la jeune fille, assez rassurant. Ils s’assirent, et il prit la parole avant elle. Elle l’écouta, éprouvant un réel soulagement en l’entendant accepter ainsi le dialogue.

    « Evidemment, répondit-elle dans un sourire, à peine forcé. Elle restait perturbée. Rien de ce que vous me direz ne sortira de cette pièce, et je ne porterai aucun jugement sur quoi que ce soit. En contrepartie, je vous demanderai de me répondre en toute franchise, autant que possible.

    Elle ne prononçait pas souvent ces phrases-là. En fait, elle le faisait uniquement quand elle avait un réel besoin de sincérité avec son interlocuteur. L’assurance qu’aucune de ses phrases n’aurait de conséquence, et le don de la liberté de parole absolue. Ce qui devrait être commun à toutes les conversations.

    « Et, pour commencer…

    Une dizaine de questions lui vinrent en tête, si bien qu’elle dut commencer par éliminer celles qui attiseraient sa colère, ou celles qu’il fallait tout simplement s’abstenir de prononcer. Son imagination ne l’aidait pas.

    « Pour commencer, reprit-elle après un court instant, pourquoi vous êtes-vous énervé ? »


    La question était probablement trop personnelle, mais avait le mérite de lui permettre d’extérioriser ce qui le dérangeait chez la jeune femme. Elle s’exposait à une grosse dose de mépris, mais à dessein. Cela faciliterait énormément la suite du dialogue, et pouvait dissiper les restes de tension entre eux. Et puis, apprendre les raisons de sa colère allait être intéressant. S’il parlait.

    Le serveur vint après sa question, elle commanda un chocolat chaud. Pour ne pas paraître infantile, elle aurait pu faire l’impasse sur n’importe quoi à l’exception précise et unique de ce choix. Avec la pluie dehors, ses vêtements froids et les émotions désagréables, un café n’aurait pu que la déprimer. Sola avait bu suffisamment d’amertume pour la semaine.
    Zéphyr Shrapnel
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    Nanoqin
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    L'implacable vérité
    "Pour commencer, reprit-elle après un court instant, pourquoi vous êtes-vous énervé ?"

    Un silence de plomb vient peser sur eux. Le regard de Zéphyr se fait œil de prédateur examinant sa proie. Il y a une partie de réflexe dans ce regard, une réaction instinctive qu'il ne peut empêcher. Il y a de la méfiance aussi, et aussi une pointe de regret. Il n'a pas envie de répondre. Il s'est décidé à parler mais maintenant qu'est venu le moment de lever le voile sur une partie de qui fait de lui Zéphyr Shrapnel, il renâcle et rechigne.

    Il se secoue intérieurement. Il n'y a pas de retour en arrière possible. Il va parler. il ne se donne pas le choix.

    "Je suis né en Enfer." la phrase lui échappe et aussitôt sa mâchoire s'ouvre comme s'il voulait les ravaler.

    Il a conscience que ce propos est à la fois inexacte et terriblement vrai. La personne qu'il avait été un jour, à la naissance de ce corps, était morte dans ce monde cruel et fermé qu'il nommait son Enfer. La personne qui y est né, est Zéphyr.

    "Ce que vous ne comprenez pas, et peut-être me suis-je mal expliqué, c'est que l'Enfer dont l'auteur de cette phrase parle n'est pas unique. Je vous ai dit qu'il parlait de la guerre, que rien n'est pire que la guerre. C'est à la fois vrai et profondément simplifié. La guerre comme l'Enfer vient sous des formes variées. Généralement on parle de guerre lorsque deux nations s'affrontent. Mais il y a aussi des guerres personnelles, des guerres dans lesquelles nous luttons contre un ennemi invisible." il s'accorde une pause dans sa tirade, il en a déjà dit beaucoup et il ne sait pas s'il veut en dire plus. "Il y a des guerres éternelles, que l'on sait qu'on ne gagnera jamais. Celle-là vous prennent tout. Vos proches, votre identité, vos sentiments, votre humanité. On lutte en sachant que ces guerres-là finiront par nous prendre notre vie sans que l'on puisse jamais entrevoir un fragment de victoire."

    Son regard tombe sur ses mains. L'une est la sienne, l'autre...Parfois il se demande à quel point EOLE est sa création et à quelle point il est la création d'EOLE. Jusqu'où cette arme sans âme corrompra-t-elle son existence? Il a une vague idée de la réponse. Rien n'arrête la technologie. Malheureusement, il a peur que cela s'applique à son oeuvre.

    Il ferme les yeux un instant.

    "Il y a sur cette Terre des gens qui n'ont pas le choix. Qui n'ont jamais eut le choix et qui ne l'auront jamais. On peut trouver ça injuste, se rebeller, mais ça ne changera rien. Il y a des personnes qui ne naissent pas avec le droit de choisir, et c'est comme ça."
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    Sola laissa s’écouler un instant après la longue tirade du scientifique, pour traiter les informations, une à une, et organiser une réponse. Elle se lançait sur un débat bien plus complexe que l’état habituel de ses discussions, et avait donc intérêt à ne pas dire n’importe quoi. Elle but une gorgée brûlante, puis redressa la tête, les mains fermement posées autour du bol.

    « Est-ce que vous pensez possible l’adaptation ? »

    La question resta en suspens un instant, longue seconde faisant ressurgir toute la fragilité de l’argumentation que Sola s’apprêtait à apporter.

    « S’il est impossible de gagner un combat, je pense qu’il est possible de le rendre inoffensif. Par sa simple volonté, s’adapter, plutôt que refuser. Et ainsi, éviter une peine constante et destructrice, qui mérite le nom d’Enfer. Rendre un conflit nul en s’y adaptant. Selon moi… C’est la seule solution. La solution élégante. Elle efface les ennemis invisibles, elle efface les ennemis immortels. Vous laisse vainqueur.  

    Elle avait l’impression désagréable de perdre ses mots, d’être incapable d’exprimer clairement son idée ; comme si ces pensées lui étaient trop acquises, qu’elle y avait trop réfléchi pour en faire une synthèse. Elle continuait à retenir ses mots, mais sentait une profonde empathie envers le jeune homme, comme s’il lui avait été possible de prévoir tous ses mots, son état d’esprit. Elle comprenait viscéralement son mode de pensée ; sans pouvoir l’expliquer. Mais se sentait proche de lui, bien plus qu’auparavant.

    « Evidemment, je ne parle pas de nier le problème. Mais, face à un conflit, qu’il soit intérieur ou extérieur, il y a toujours une origine personnelle. Par exemple, dans une guerre entre nation, chacun a une raison de se battre, qu’elle soit noble ou pas. Que ce soit pour la survie, pour l’argent, ou quoi. Supprimer cette raison évite le conflit. Ou dans le cas d’une guerre personnelle… trouver son bonheur. Quelle que soit la situation, trouver le moyen d’en tirer parti et de rester heureux. Ainsi, même si la guerre devient éternelle, elle ne pourra jamais tout prendre. Je pense qu’il y a toujours un chemin à emprunter, toujours une voie qui mène au bonheur. Même si elle est sinueuse, même si elle demande d’immenses sacrifices, et quels qu’ils soient. Même si cela nécessite de perdre son identité propre. On perd certes une partie de ce que l’on était, mais met un terme à la guerre, pour simplement devenir quelqu’un de nouveau. S’adapter et évoluer… Comme les humains l’ont toujours fait. »
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    Nanoqin
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    L'implacable vérité
    "Est-ce que vous pensez possible l’adaptation ?"

    Son premier réflexe fut de répondre que l'on s'adaptait pour survivre mais jamais pour vivre. Qu'au moment même où on s'adaptait on abandonnait son propre droit à la vie. Il se retint à la dernière minute. Son interlocutrice n'en avait visiblement pas fini avec son idée et il pensait avoir suffisamment détruit ses préconceptions pour la journée.

    " S’il est impossible de gagner un combat, je pense qu’il est possible de le rendre inoffensif. Par sa simple volonté, s’adapter, plutôt que refuser. Et ainsi, éviter une peine constante et destructrice, qui mérite le nom d’Enfer. Rendre un conflit nul en s’y adaptant. Selon moi… C’est la seule solution. La solution élégante. Elle efface les ennemis invisibles, elle efface les ennemis immortels. Vous laisse vainqueur. "

    Bien qu’impressionnants, les mots de la jeune fille sonnaient comme les rêves d'une enfants aux oreilles de Zéphyr. C'était tellement idéalisé de penser que l'on pouvait effacer comme ça toute sa souffrance par la seule force de sa volonté! Ca aurait été beau si ça avait été possible, mais la vie n'était pas une bande-dessinée. Le héros dans la vraie vie n'était pas prédestiné à un happy end. Parfois, il se contentait de mourir comme un chien errant au coin d'une ruelle sombre, sans rien laisser derrière lui que l'oubli d'une vie insignifiante.

    Il écouta la dernière partie du discours de l'écrivaine les bras croisés et le visage fermé. Lorsqu'elle eut terminé, il passa un long moment à l'observer en silence.

    "Imaginons," commença-t-il d'une voix se voulant rassurante. "Imaginons que tu ais vu tout ce que tu avais de plus cher disparaître sous tes yeux, sans raisons que tu puisses discerner, sans même savoir qui blâmer." son regard est compatissant alors qu'il recommence à la tutoyer, ce n'est toutefois plus le 'tu' condescendant mais un 'tu' tendre et apitoyé. "Est-ce que tu penses vraiment que tu pourrais effacer ça de ta mémoire et chercher le bonheur malgré tout? La vie n'est pas un livre dont tu peut tourner les pages quand l'envie te prend."

    Son regard monta vers le plafond et se perdit dans le néant.

    "A cinq ans, j'ai perdu mon identité et des parents dont il ne me reste rien. A sept ans j'avais perdu mon passé. Mon seul souvenir était la terreur et la douleur. A quatorze ans je perdais la seule famille que j'avais connue, tout mon monde et le seul bonheur que je devais connaitre, et mon bras. A quinze ans, j'ai perdu une partie de mon humanité et depuis j'en perds un peu plus chaque jour. D'ici mes vingt ans..." un rire sans humour lui échappa. "Bah, d'ici mes vingt ans j'aurais probablement perdu la vie."

    Il regarda la jeune fille et un sourire ressemblant à une grimace peinée étira ses lèvres. La moquerie lisible dans ce rictus n'était pas entièrement dédié à la jeune fille mais les mots eux l'étaient.

    "Belle histoire, tu ne trouves pas?" commenta-t-il, sarcastique. "Une belle histoire d'adaptation et d'évolution qui ne mène à rien que la mort. Enfin, si je suis assez chanceux pour mourir. Honnêtement, j'ai plus de chances de devenir un monstre, une simple arme sans âme. Non, vu de mes yeux, si tu veux vivre, tu ne t'adapte pas. Tu continue à souffrir. Tant que tu peux sentir la douleur, tu es humain. C'est déjà pas mal d'être humain, crois-moi. Même si t'es un humain malheureux."
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    Sola écouta le plus attentivement possible le discours de Zéphyr, même si elle en avait presque peur. Elle se sentait plonger, tête baissée, dans la souffrance d’un être qu’elle ne pourrait pas supporter. Chacun des mots du scientifique marquait une déchirure dans son cœur, et celle-ci s’aggravait de seconde en seconde. Une impression lui vint, l’impression de savoir ce que ressentait le jeune homme, mais viscéralement. A mesure qu’elle le découvrait, qu’il parlait, elle se sentait de plus en plus proche de lui. Mais elle s’y était déjà préparée. Evidemment, plonger dans une telle vie ne serait pas facile. Mais la douleur immense contenue dans les mots de son interlocuteur éloignait, détruisait dans son esprit toute idée d’abandon. Un désir impérieux de sauver un être en peine lui venait, plus par empathie que par altruisme.

    « Je n’ai jamais parlé d’effacer quoique ce soit de sa mémoire. Je crois à la force de l’esprit, et je crois que, quoiqu’on vous retire, vous puissiez trouver le bonheur. Que ce soit dans un livre, dans la science, dans l’étude, peu importe. Mr Shrapnel, je ne pense pas que l’on puisse nous retirer notre capacité à aimer.

    La détermination intense qui animait sa langue se lisait dans ses yeux.

    « Evidemment, vous avez souffert. Bien trop. Bien plus que moi. Si mon histoire vous intéresse, sachez que je me suis créée mes problèmes moi-même. Enfin, vous l’avez déjà partiellement deviné. Peu importe, ce qui compte aujourd’hui, c’est que j’ai tiré un trait sur tout ce qui faisait mon passé, à une exception près. Et que ce soit par choix, ou non, n’a pas d’incidence, selon moi. Vous comme moi devons reconstruire une vie sur des bases bien trop fragile pour qu’on y pose quoique ce soit. C’est évidemment plus difficile pour vous, qui avez bien plus que des problèmes d’adolescente, à gérer. Mais selon moi, la cure reste la même. Parce que je sais qu’où que j’aille, quoiqu’il m’arrive, et quelle que soit la force de la souffrance qui m’assaillira, j’aurais la force de trouver le bonheur. Et cette force est commune à tous les hommes, même à vous.

    « Donc vous n’avez rien à effacer, rien à oublier. Mais pour vivre avec, on ne peut pas se contenter de souffrir. Même si j’ai rencontré des hommes appréciant la douleur, je n’en connais aucun qui la supporte.

    Elle prit une gorgée de chocolat, et repris, sur un ton plus calme, moins passionné, la voix un peu plus aiguë.

    « Excusez-moi de parler ainsi… Mais je suis persuadé que n’importe qui peut trouver le bonheur. Malgré un passé horrible, malgré des séquelles irréversibles, malgré ce qui vous retire votre humanité.
    Est-ce que des choses vous rendent heureux, Mr Shrapnel?»

    HRP:
    Juste un petit PS, parce que j'adore la direction que prend ce rp. Merci ^^ Et sinon, si Zéphyr coupe Sola à un moment, je peux toujours refaire mon post ~
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    Fatalité, mère des plus grand maux
    Zéphyr se retint de soupirer en écoutant le discours optimiste de la jeune fille. Il se contenta de secouer la tête d'un air désabusé. C'était bien beau de promettre le bonheur à qui avait encore la volonté de se reconstruire mais promettre ça à Zéphyr revenait à lui promettre la lune.

    Ses blessures venaient toutes de circonstances hors de son contrôle et s'il ne s'agissait que de cela, alors oui, peut-être, Zéphyr aurait pu continuer. Il l'avait fait d'ailleurs. Pendant trois ans, il avait vécu, ou survécu et s'était accroché avec hargne à cette vie qui l'avait déjà tant blessé. Mais voila, durant ces trois ans il avait créé l'objet de sa propre destruction. Ce qui le mènerait à sa mort était sa propre création et il n'avait que lui à blâmer pour ça.

    Pour être honnête, il acceptait cette fin sereinement. A dix-huit ans, il avait la fatigue d'un homme de quatre-vingt. Dit autrement, il était prêt à mourir. La seule chose qui l'inquiétait c'était ce qui se passerait après sa mort. Il ne voulait pas être l'un de ceux qui ne laisse que des problèmes pour les autres derrière eux.

    "Est-ce que des choses vous rendent heureux, Mr Shrapnel?" la question, si innocente, mit un terme aux réflexions du scientifique.

    Il posa sur la jeune fille un regard paisible et lui adressa un sourire.

    "Mes souvenirs et de pouvoir enfin voir la fin du chemin." lui dit-il.

    Il s'attendait à ce que l'écrivaine prenne cela pour un désir suicidaire de l'homme qui a déjà baissé les bras et s'empressa donc de mettre les choses aux clairs.

    "Tu es encore jeune donc je ne m'attends pas à ce que tu comprennes pleinement ce sentiment, et tu vas me dire que je suis tout aussi jeune mais je te parle plus d'un âge psychique que d'un âge physique. Endurer beaucoup de choses fait vieillir plus vite. J'ai dix-huit ans mais honnêtement je pourrais tout aussi bien être centenaire. J'ai fait en ce temps là ce que d'autres font en quatre-vingts ans et maintenant que je me retrouve à l'article de la mort je peux accepter que je vais mourir facilement parce que j'éprouve une profonde lassitude de la vie." il marqua une pause pensive. "Un jour tu attendras un stade où tu te diras 'ça y est, j'ai fait tout ce qu'il y avait à faire dans cette vie' et une fois que tu auras atteint ce palier tu comprendras ce que je veux dire."

    Il appuya sur sa main, prenant un air pensif.

    "Tu sais, je pense qu'on a tous eut notre part de bonheur dans notre vie, qu'on ait su le reconnaître ou pas. J'ai eut la mienne. Elle était courte et a finit dans la douleur mais je l'ai eut. Je n'ai pas besoin de plus. Alors même si tu me dis qu'il faut continuer à chercher le bonheur, pour moi la quête s'est terminé il y a un moment."
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    Sola Guening
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    Sola se mordit la lèvre, étouffant ainsi les paroles qui lui vinrent violemment à l’esprit, mais qui n’auraient pas constitué une bonne réponse. Elle devait réfléchir, posément. Les rouages de la pensée de Zéphyr commençaient à se dessiner lentement sous son crâne, et, progressivement, la jeune fille les comprenait, les engrangeait, un à un. Elle entrait de plus en plus précisément dans la tête de son interlocuteur. Et cette proximité était douloureuse, tant la souffrance qu’impliquait l’organisation mentale du jeune homme était grande. Plus il parlait, plus cette souffrance, ce passé qu’elle cernait peu à peu, prenait en détails et en précision, et plus Sola s’en sentait proche. Mais, loin de l’arrêter, cela ne faisait que renforcer son espoir, sa détermination. Elle ne voulait plus le sauver, elle voulait les sauver, elle comme lui. Elle se laissa donc le temps de la réflexion dans une nouvelle gorgée de chocolat, puis répondit.

    « Vous paraissez plongé dans le passé. Pourquoi l’idée de trouver du bonheur aujourd’hui, avec votre vie, avec votre passif, vous paraît-elle aberrante ? Personne ne dirige votre vie. Et personne ne peut allouer une part de bonheur, qui pourrait être épuisée. Et rien ne le peut non plus, même pas la vieillesse, même pas la souffrance. La souffrance n’efface pas le bonheur ; elle l’occulte simplement. On ne peut pas faire tout ce qu’il y avait à faire, car cela impliquerait que, dès notre naissance, un rôle nous aurait été attribué. Et il en va de même pour cette idée de part de bonheur ; elle implique l’existence d’une une entité supérieure, qui aurait le contrôle sur nos vies.
    Avec tout le respect que je vous dois, je trouve cette croyance presque aberrante pour un scientifique. Rien ne vous contrôle, vous êtes conscient de vous-même, et vous avez le droit au bonheur, s’il doit être un droit, une part. Je dirais même que vous avec plus le droit au bonheur que quelqu’un d’autre, puisque vous avait souffert. La souffrance engrangerait la souffrance ? Est-ce là votre idée ? »


    Sa trop grande implication commençait à prendre le pas sur sa réflexion. Elle avait vraiment peur de provoquer à nouveau la colère du jeune homme. Elle prit donc la décision d’ajouter des excuses à l’animosité dont elle avait fait preuve.

    « Que ce soit clair, je ne cherche en rien à vous dévaloriser, ou à critiquer votre conception de la vie. De par leurs natures, aucune ne peut en surclasser une autre. Mais… Pourquoi êtes-vous à ce point piégé dans un passé qui a été une telle source de douleur pour vous ? Ça, je ne peux pas le comprendre.»
    Zéphyr Shrapnel
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    Nanoqin
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    Tu n'es pas la marionnettiste
    "Vous paraissez plongé dans le passé. Pourquoi l’idée de trouver du bonheur aujourd’hui, avec votre vie, avec votre passif, vous paraît-elle aberrante ? Personne ne dirige votre vie. Et personne ne peut allouer une part de bonheur, qui pourrait être épuisée. Et rien ne le peut non plus, même pas la vieillesse, même pas la souffrance. La souffrance n’efface pas le bonheur ; elle l’occulte simplement. On ne peut pas faire tout ce qu’il y avait à faire, car cela impliquerait que, dès notre naissance, un rôle nous aurait été attribué. Et il en va de même pour cette idée de part de bonheur ; elle implique l’existence d’une une entité supérieure, qui aurait le contrôle sur nos vies.

    Avec tout le respect que je vous dois, je trouve cette croyance presque aberrante pour un scientifique. Rien ne vous contrôle, vous êtes conscient de vous-même, et vous avez le droit au bonheur, s’il doit être un droit, une part. Je dirais même que vous avec plus le droit au bonheur que quelqu’un d’autre, puisque vous avait souffert. La souffrance engrangerait la souffrance ? Est-ce là votre idée ?"


    La jeune fille avec reprit son débat avec verve et Zéphyr sentait l'irritation revenir à grands pas. Pourquoi fallait-il qu'elle conteste chacune de ses pensées? Pensait-elle savoir mieux que lui quelles lois dirigeaient leurs vies? Croyait-elle que parce qu'elle souhaitait le bonheur, il le voulait lui aussi? De ce qu'il entendait, la conclusion qu'il tirait était que la jeune fille pensait l'avoir comprit alors que clairement elle se méprenait complètement sur sa façon de penser.

    Elle parut réaliser soudain que ces paroles avaient des chances d'énerver le scientifique car elle ajouta comme si elle tentait de s'excuser:

    "Que ce soit clair, je ne cherche en rien à vous dévaloriser, ou à critiquer votre conception de la vie. De par leurs natures, aucune ne peut en surclasser une autre. Mais… Pourquoi êtes-vous à ce point piégé dans un passé qui a été une telle source de douleur pour vous ? Ça, je ne peux pas le comprendre."

    Zéphyr poussa un long soupir qui en disait long sur sa lassitude de cette conversation qui paraissait de plus en plus à sens unique.

    "J'aimerais que tu arrêtes de réagir comme si tu avais découvert toutes mes pensées les plus secrètes pendant quelques instants et que tu écoutes ce que j'ai à te dire. Jusque ce que je dis, sans essayer d'analyser quoi que ce soit, parce qu'il n'y a rien à analyser." il marqua une pause, regardant la jeune fille les sourcils froncés, attendant que ses paroles fassent effet et qu'elle soit prête à l'écouter. "Je n'ai pas besoin qu'on me sauve de quoi que soit. Je ne suis pas suicidaire et je n'ai rien abandonné. Je n'ai surtout pas besoin qu'on me fasse la moral sur le bonheur ou sur ma vie de manière général. Tu essayes de me comprendre, mais je vais te le dire tout de suite: tu n'y arriveras pas. De la même façon que je n'arriverais jamais à comprendre pleinement la douleur que tu as ressenti dans ta vie. Parce que cette douleur est la tienne et ma douleur est mienne. Tu peux prétendre me comprendre tant que tu voudras, chacune de tes paroles jusqu'à maintenant n'a fait que me prouver que tu ne comprend pas vraiment. Tu essayes simplement d'appliquer sur moi des règles que tu crois universelles mais qui ne le sont pas."

    Il but une gorgée de sa boisson, mettant à profit ce moment de répit pour mettre de l'ordre dans ses pensées.

    "Ce que je t'ai dit précédemment et que tu n'as pas écouté, ou choisit d'ignorer, c'est que j'ai déjà connu le bonheur. J'ai eut ma part et, je le répète, je n'en demande et n'en veux pas plus. Je ne suis pas toi et tu n'est pas moi. Ca ne me dérange pas que tu recherches désespérément le bonheur ou que tu veuilles que ton prince charmant vienne te sauver mais j'aimerais que tu arrêtes d'agir et de penser comme si c'était mon souhait à moi aussi." il planta son regard dans celui de la jeune fille et finit d'un ton franc, presque brutal. "Pour être honnête, plus je te parle plus j'ai l'impression de parler à une gamine de cinq ans qui joue à sauver le monde. Non seulement je trouve un peu pitoyable qu'une fille de ton âge soit naïve à ce point mais c'est aussi particulièrement insultant pour moi d'avoir toute ma vie contestée parce qu'elle ne correspond pas à ton idéal personnel."

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    HRP:
    Youhou! Zéphyr redeviens méchant mais j'espère que tu ne le prendras pas mal Wink
    J'aime beaucoup où va ce RP, c'est très différent de ce que j'ai l'habitude de faire et j'adore le fait que ça me permette d'explorer autant la mentalité de Zéphyr. J'espère que ça te plaît autant qu'à moi! Et aussi que Sola ne va pas le prendre trop mal x)
    Sola Guening
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    Une seconde silencieuse s’écoula. Evidemment, Sola avait fini par parler personnellement, elle ne pouvait pas reprocher à son interlocuteur sa réaction. Mais elle avait déjà eu son lot de doutes pour un moment, et se contentait à présent d’entendre, de réfléchir. Elle devait, d’elle-même, arranger la situation. Rétablir un dialogue calme.
    Mais une chose allait le compliquer. Encore une fois, elle avait atteint un point qui provoquait la colère de Zéphyr. Le point où son esprit bloquait, le blocage qu’il ne parvenait pas à franchir. D’où sa colère, son mépris, qu’il lui jetait. Sola n’arrivait pas à le croire directement. Dans ses mots était écrit qu’il se mentait à lui-même ; il prétendait qu’elle avait choisi d’ignorer son idée de part de bonheur, alors qu’elle avait majoritairement répondu à ce concept. A cela, il avait complètement cessé de répondre, et s’était contenté de l’agresser. De facto, quelque chose dans sa question l’avait suffisamment énervé pour qu’il en perde sa bonne foi. Et appuyer sur ce point ne ferait que provoquer plus de colère.
    Bref, elle jouait à l’équilibriste en répondant.

    « Je ne conteste rien, Mr Shrapnel. Je remets en question, et en cela je suis différente d’une enfant. Mais peu importe, finalement.
    « Je n’ai analysé aucun de vos mots. Je n’exprime que des impressions, des instincts. Si ceux-ci sont faux, expliquez-moi où réside mon erreur. Je l’ai déjà dit, mais pour moi, tout enseignement est bon à prendre. Mais je n’essaye en rien de faire une expérience de psychanalyse, ou simplement de psychologie, qui me demanderait d’analyser vos mots. Je vous parle de ce que je pense, je ne m’amuse pas à dresser un portrait psychologique.
    « Et, pour finir sur ce sujet… Je vous rappelle que je ne cherche pas à vous juger. Que c’est là mon dernier objectif, de loin. Donc je ne peux pas chercher à vous faire la morale. Pour ça, j’aurais besoin de la conviction que ma vision des choses est supérieure à la vôtre. Et je n’ai jamais pensé ça. Toute vision de la vie en vaut une autre. »


    Elle reprit sans laisser le temps au scientifique de répondre. La conversation ne devait pas tourner autour de ce qu’il lui reprochait.

    « Par rapport au sujet précédent, je réfute l’idée que l’on possède une part de bonheur, qui nous soit allouée, et qui, une fois pleine, ne peut être dépassée. Je réfute cette idée parce qu’elle implique qu’une entité dirige nos vies, quelle que soit sa nature. Mais ce refus m'est uniquement personnel, donc admettons. Admettons qu’une règle, ou autre, nous donne une quantité définie de bonheur, que l’on ne peut pas dépasser. Pourquoi la vôtre serait-elle épuisée ? Et comment pouvez-vous en être sûr ? Qu’est-ce qui vous fait penser ça ? »

    Elle prenait à nouveau des risques, mais n’était pas prête à reculer.
    Zéphyr Shrapnel
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    Nanoqin
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    Je suis ma propre marionette
    Il n'aimait pas la façon dont elle disait 'admettons'. C'était condescendant et le faisait paraître comme un fou à qui on n'essayait d'expliquer que ce qu'il voyait n'était pas réel.

    "Pourquoi?" répéta-t-il et si son ton n'était pas encore véhément mais il s'en approchait. "Pourquoi? Parce que je l'ai décidé tiens! Tu as l'air de penser que je suis l'un de ces naïfs qui se croit diriger par un puissance extérieure et qui blâme tout sur cette conscience supérieure. Ce n'est pas mon cas. Je crois à la fatalité mais pas à Dieu. La fatalité c'est une série d'évènement auquel on ne peut pas échapper. C'est tout, c'est comme ça. Ou est-ce que tu vas me dire que si un chat n'avait pas traverser une rue à l'autre bout de la ville, la bombe qui a emporté ma famille ne serait jamais arrivé jusqu'à notre maison?"

    Il lève les bras au ciel, emporté par son élan d'humeur, avant de se reprendre aussi abruptement.

    "Je ne vais pas prétendre être sain d'esprit, ou 'normal'. Mais mes pensées sont encore claires, alors tu peux arrêter de me parler comme si j'étais complètement irrationnel. Et ne va même pas penser que je t'attaque pour me défendre! C'est ce que je hais chez les femmes, toujours à déformer chaque mot qui sort de notre bouche."

    Une sonnerie insistante jaillit de sa montre, le coupant dans sa verve et l'obligeant à baisser le regard vers son poignet. Son bras avait été activé pendant sa tirade et était désormais d'une teinte bleutée. La montre ayant détecté ce changement inhabituelle avait activé l'alarme pour le prévenir.

    Zéphyr jeta un regard troublé à son bras avant de secouer la tête et de le montrer à son interlocutrice.

    "Tu vois ce bras? C'est ma propre création. Une prothèse un peu spéciale qui s'est révélé plus indépendante que je ne le pensais. Il grandit tu vois, il convertit mes cellules petit à petit et corrompt mon corps. Je te l'ai dit, je suis mourant. Et c'est parce que je suis mourant que je ne veux pas plus de bonheur. Pour moi le bonheur est toujours accompagné de douleur, et j'en ai marre de souffrir. En plus j'ai d'autres choses à faire que de courir après une illusion."
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    Sola Guening
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    Zéphyr s’énervait. Sola reçut, violemment, sa haine, son ressentiment, et tous les problèmes qu’avaient soulevé sa question. Mais cette fois, sans en être affectée. Ainsi énervé, il avait perdu sa capacité à faire souffrir la jeune femme par des mots. Si elle était extrêmement sensible sur certains sujets, sur lesquels il l’avait attaqué plus tôt, la misogynie, pure et primaire, était à des univers de la toucher. Au contraire, elle lui donnait toujours un sentiment de pitié envers celui qui était amené à parler ainsi. Et ce fut surtout ce qui la marqua quand le jeune homme se tut finalement. Ses mots, ses expressions, le violent sentiment de vécu derrière son idée de la fatalité, frappa Sola en plein cœur.
    Il n’avait fait qu’évoquer la mort de sa famille, mais ça ne fut qu’à peine étonnant pour la jeune femme. Elle avait l’impression d’avoir déjà entendu ce qu’il venait de lui dire.

    Plusieurs choix se présentaient à elle. Elle avait la possibilité de réfuter, un à un, ses arguments, dont la finesse était obstruée par son ressentiment. Oui, elle pouvait commencer par répondre que la fatalité était une entité supérieure en soi, qu’elle n’avait pas sous-entendu l’existence d’un Dieu, elle pouvait continuer sur l’irrationalité… Mais c’était dangereux. Il n’avait pas l’air prêt à entendre d’autres arguments sur ce sujet. Et Sola n’avait pas envie d’en parler. Car tout était résumé dans son bras, dont l’aspect bleuté, son pouvoir de suggestion, faisait naître en elle une intense curiosité ainsi qu’une immense inquiétude. Elle n’avait pas à parler du reste.

    « Donc, si le bonheur s’accompagne de douleur, il ne doit pas être poursuivi ? Il m’est arrivé de penser ça, souvent. Un peu trop, même. Mais j’aime prendre des risques. Je vais prendre un exemple : on m’a souvent dit qu’il était inutile de s’attacher à quiconque, car cela ne pourrait que causer de la douleur quand on devrait se séparer des personnes auxquelles on s’est attaché. C’est assez représentatif, selon moi, de cette idée. Ne pas chercher le bonheur car il amènera forcément la souffrance avec lui, tôt ou tard. Mais, je pense que seule la moitié de cette proposition est vraie. Si effectivement, perdre un ami est douloureux, je pense que cela vaut très, très largement la peine de se lier d’amitié avec quelqu’un.

    Une idée fugace lui vint, elle se hâta de se corriger.

    « Je ne voudrais surtout pas que vous preniez mon exemple pour autre chose que ce qu’il est. Mon choix est innocent, c’est juste un sujet qui me touche. Encore une fois, je ne veux pas vous donner de leçon, j’insiste. J’aimerais vous donner une autre version des choses. Une autre vision, que vous devez prendre pour ce qu’elle est. Un avis, que vous avez simplement à prendre en considération.
    « Pour revenir au sujet, pour moi, le bonheur vaudra toujours mieux la souffrance, et le mélange de ces deux vaudra toujours mieux que… Pardonnez mon expression, mais je pense que cela vaudra toujours mieux que de ne rien faire par refus de souffrir. »

    Elle gardait un ton respectueux, tentant de calmer Zéphyr en restant calme. La plupart des gens perdaient leur colère quand elle se heurtait au calme, et au respect.
    « Quant à votre bras… Aussi présomptueux que cela puisse paraître, je peux comprendre la douleur qu’il représente pour vous, au moins dans son concept. Être l’artisan de sa propre destruction, voir sa vie s’effacer peu à peu, je peux comprendre la souffrance que cela représente pour vous.

    Ses mots étaient un clair euphémisme, mais il l’accusait déjà de penser le comprendre parfaitement, elle ne préférait pas en rajouter. Elle vivait, littéralement, en en parlant, la douleur évoquée, si fort qu’elle dû se forcer, sans grand succès, pour masquer son émotion. Ses yeux s’humidifièrent, sa vision se brouilla légèrement, et elle se sentait confrontée à une injustice, une impuissance absolue, douloureuse. Elle reprit, après avoir hoché la tête, pour reprendre sa détermination.

    « Mais pour autant. Cela justifie-t-il d’abandonner tout espoir d’atteindre le bonheur un jour ? Car c’est bien ce que vous exprimez, finalement. Vous avez abandonné la poursuite du bonheur. C’est votre choix. Mais vers quoi courrez-vous d’autre ? »

    Elle tenta d’insuffler une réelle curiosité dans sa voix ; cherchant avant tout à éviter de paraître méprisante.

    « Là encore, pas de double-sens dans mes mots, seulement de la curiosité. »
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