Agartha. Un désert, où cohabitaient nomades et sédentaires. Cependant l'assèchement progressif des oasis développa la cupidité des sédentaires qui se mirent en guerre les uns contre les autres. Les cités tombèrent une à une devant ce fléau jusqu'à ce qu'il ne reste que 1400. Les nomades quant à eux préférèrent éviter ces conflits en priant leur Divinité de leur accorder un sommeil de deux millénaires. Mais quand ils se réveillèrent, ils furent non seulement confrontés à des citadins beaucoup plus avancés technologiquement mais aussi à une hostilité tangible. Hostilité contre ces nomades ressurgit du passé mais aussi hostilité au sein même de la ville de 1400. Puis une nouvelle guerre éclata : la Révolution. Est venu à nouveau le temps du choix : se battre ou partir ? Ainsi naquit l’Exode, un mouvement rassemblant nomades et citoyens souhaitant fuir la guerre en partant par-delà les montagnes vers un territoire glacé où vit un peuple étrange.

Lorsque le passé et le futur se rencontrent...


    Une rencontre aux yeux rouges [Ellana & Sola]

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    Sola Guening
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    Le Soleil s’infiltra doucement dans la tente, parcourant le chemin tracé par les longs et virevoltants filins de sable mêlé de poussière. Allongée depuis bientôt plusieurs heures, Sola se laissait contempler l’image apaisante d’une lumière apaisante. 
    Elle avait dormi dans des centaines d’endroits. Dans son passé s’enchaînaient chambres d’hôtels, tentes, et des maisons, en somme des milliers de réveils dans d’aussi nombreux paysages. Et pourtant, reprendre conscience après une longue nuit dans le désert était toujours le plus agréable. Ecartant son ordinateur, et une tonne de livre, elle se redressa et s’étira doucement. Sa tente, minuscule, paraissait encore plus étroite sous les dizaines de livres qui l’habitaient, et menaient une féroce guerre de territoire envers la jeune femme. Et pourtant, elle n’aimait pas particulièrement lire. Son intérêt était bien plus proche de la bibliomanie, comme si elle avait un besoin compulsif de pouvoir saisir un ouvrage, une page, de la parcourir et de la connaître. Être entouré de livres était rassurant. 
    Elle les rangea lentement, laborieusement dans la faible lumière, dans sa valise, puis s’habilla, encore plus lentement, et encore plus laborieusement. Les habits nomades, s’ils étaient magnifiques, soyeux et bien plus pratiques que ceux de 1400, resteraient éternellement pour elle un casse-tête lourd et en tissu. Ensuite, elle rangea la tente, décidant d’enchaîner les épreuves insupportables. On aurait pu s’attendre d’une société développée, disposant d’un magnifique Super Ordinateur, d’un Dôme et de glaces à la vanille, qu’elle inventât des tentes ergonomiques. Mais non. A moins qu’ergonomique ne signifiât « facteur efficace de calvaire ». 
    Quand tout fut rangé, Sola reprit sa marche, sa sempiternelle valise en main, qui cahotait sinueusement dans le sable. Elle laissait derrière elle une longue trainée, le sillon des roulettes, ainsi que le bruit agréable du roulement sur un sol doux.
    La chaleur accablante tapait, sous la forme de cette énorme boule de feu qui traversait les cieux. Son esprit se mit à vagabonder, alors qu’elle piétinait le sable. D’abord, il se mit à peindre, à couvrir le désert des couleurs d’une histoire, d’une rencontre. Sola imaginait en marchant. Elle l’avait toujours fait. D’idée en idée, elle finit par revenir à son objectif. Elle marchait dans le désert depuis plusieurs jours maintenant, rationnant son eau et endurant la morsure de l’Astre, à la recherche d’une tombe. Ou, plus précisément, d’un parchemin, mais les deux étaient étroitement rapprochés par le lien de la contenance. Elle faisait des recherches. 
    Parfois, le métier de romancier menait sur d’étranges chemins. Quand il recherche la véracité, l’homme passionné peut la chercher loin, et l’auteur peut se faire investigateur. Et depuis plusieurs semaines, Sola se renseignait sur un homme, et le faisait si bien qu’elle ignorait son nom. C’était un Adorateur du Scorpion, un très ancien. Antérieur au Grand Sommeil. Un homme qui avait été un héros pour ce peuple, mais ce n’était pas ce qui avait impressionné la jeune femme. Ou en tout cas, cela l’avait bien moins marqué que le reste de son œuvre. Cet homme, avait été philosophe. Ou plutôt, disons qu’à force de rechercher de nouvelles formes de violence, avait fini par la lancer dans les mots. Ses écrits étaient d’une agressivité, d’une sagesse et d’une violence stupéfiantes. Il avait porté sa passion pour le combat avec une telle exactitude que son pouvoir d’évocation aurait marqué n’importe quel esprit pour le moins sensible.
    Et, dans le désert, sous les traits d’une nomade, Sola était à la recherche de son nom, et si possible de plus d’informations. Cet homme avait été fascinant. Et plus elle en saurait sur lui, plus sa transcription, sous les traits d’un personnage, serait juste, et proche du sujet de base.
    Et c’était une nouvelle occasion de voyager. Une occasion flamboyante. Qui aurait sérieusement eu besoin d’une escorte. 
    Jusqu’à ce que cela lui arrive, Sola ne s’était pas vraiment attendue à être étendue, une dague sous le cou et un visage foudroyant face à elle. Elle ne dit rien, d’abord, un instant fascinée par la beauté qui lui faisait face. Sa conscience, encore un peu trop enfoncée dans son imagination, ne réalisait pas qu’il était temps de fuir, et plutôt qu’il fallait se noyer dans ce visage fin, si nouveau, et si étrange. Sola n’avait jamais vu d’yeux rouges, et les trouvaient sublimes. Et puis, elle aperçut, dressé sur l’épaule de la femme qui la surplombait, un scorpion, entre ses yeux et le soleil. La connexion se fit immédiatement, contrairement à l’instinct de survie.
    « Vous êtes Adoratrice du Scorpion ? »
    Ellana
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    Ellana avait toujours aimé les dunes. Leur vaste tranquillité était aussi captivante que reposante et, si son caractère lui allouait de très rares périodes de sérénité, les quelques fois où elles arrivaient ne manquaient jamais d'être convenablement savourées par la Nomade. Comme à chaque fois qu'elle posait ses pieds dans cette zone du désert, en dépit du Soleil qui brûlait son visage et achevait d'un peu plus altérer sa vue déjà sensibilisée.

    Elle aimait les galeries souterraines. Ou tout du moins, elle s'en persuadait, sûrement. Certainement.
    Elle aimait son clan, ses coutumes et tout ce qui s'y rapportait. Elle aimait moins, en revanche, la dévotion qu'elle leur devait. Sa liberté s'en retrouvait cruellement entravée et, si la Nomade était loyale au possible, elle n'en demeurait pas moins bien plus amoureuse d'une liberté qu'elle retrouvait dès l'instant même où le sable s'éparpillait sous ses pieds. Alors elle voyageait, souvent. Ne rentrait que pour les événements importants et vivait sa vie comme elle l'entendait, vagabondait où ses pas la guidaient, agissait comme elle le voulait.

    Son chemin croisait parfois celui d'autres personnes et, qu'elle s'amuse à les massacrer ou à vaguement socialiser, Ellana ne s'éternisait pas, jamais. Ses rares rencontres se limitaient à de simples questions venant d'autres nomades - puisqu'elle éventrait tous les citadins qu'elle croisait -, et tout cela lui allait plutôt bien. Très bien même. Il était hors de question qu'elle se lie à qui que ce soit, d'une certaine façon. Quand bien même elle avait eu droit à des propositions plus ou moins intéressantes, elle s'en était toujours détournée, murée dans un silence insolent qu'elle ne manquait pas de jeter au visage de quiconque daignait l'approcher.

    Sa solitude lui convenait. Elle n'avait besoin que de la compagnie du désert et du Soleil.
    Et d'une tête rousse qu'elle mourrait d'enve d'arracher. Réminiscence d'un passé honteux qu'elle voulait effacer ou simple pulsion meurtrière, Ellana s'était presque instictivement ramassée dès l'instant où ses yeux s'étaient glissés sur la crinière, rouge vive qui s'était dessinée devant elle, et elle s'était jetée sans préavis sur une étrangère qui n'avait sûrement même pas remarqué qu'elle était là, au vu du regard qu'elle lui lança.

    « Vous êtes Adoratrice du Scorpion ? »

    Ellana plissa imperceptiblement le nez, fronça les sourcils. Jetant un regard en coin au petit arthropode perché sur son épaule, elle prît tout de même la précaution de bien garder sa vis-à-vis calée sous elle avant de prendre la peine de lui répondre. Elle était visiblement plus grande qu'elle, lui donner la moindre chance de retourner la situation signerait sûrement son arrêt de mort et, si elle avait confiance en ses capacités, Ellana commençait à intérieurement se ronger les ongles, en raison de son apparente impulsivité.

    Il faut sérieusement que je me calme, je risque de mourir si je m'obstine à sauter sur tous les roux que je croise de cette façon, songea-t-elle avant de légèrement se redresser.

    « Je le suis. Et toi ? »

    Le respect ? Pour quoi faire ? Elle allait sûrement l'éventrer d'une seconde à l'autre, de toute manière. Entretenir la conversation n'était qu'un moyen pour elle de ne pas perdre la face, puisqu'elle était elle-même décontenancée par son comportement.
    Sola Guening
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    Sola ne sortait jamais vraiment de son imagination. Un peu comme si un voile, d’épaisseur variable, se tenait entre elle et la réalité. Le voile du rêve. Il lui arrivait d’être plus ou moins d’un côté ou de l’autre. Parfois, elle se montrait très terre-à-terre, sagace, et d’autres fois elle partait si loin qu’elle oubliait jusqu’à respirer.
    La particularité de ce voile était sa résistance. Rien ne le brisait. Pas même une claire menace de mort aux cheveux blancs. Encore prise dans ses rêves et ses pensées, quand le scorpion blanc entra dans son champ de vision, elle ne pensait pas à sa mort, mais à quel point sa maîtresse pour l’aider.
    Car il était évident qu’une Adoratrice du Scorpion en saurait plus qu’elle sur cet ancien héros. Peut-être même représentait-il pour ce peuple un mythe connu, une histoire qu’on racontait aux plus jeunes, autour du feu, dans une douce atmosphère de soirée… Les braises crépitaient, la viande fumait, et un conteur s’était installé, tout le monde se taisait…
    La jeune femme secoua la tête, se forçant à revenir à l’instant présent.

    « Je n’en suis pas une. »

    Elle réfléchit à une manière polie d’amener le sujet de ses recherches. Puis, en un instant, elle fut à nouveau fascinée par la couleur de ces yeux. L’iris était si particulière, ce pigment si inhabituel…. Quand on le regardait attentivement, on pouvait distinguer dans l’œil des dizaines de motifs géométriques, à la fois fins et complexes, et complètement magnifiques. Des motifs absorbants, sublimés par la teinte rouge profonde de ce large cercle, qui encerclèrent l’attention de Sola. Tant d’histoires pouvaient se tapir derrière un tel regard, tant de différences…
    La voix de Sola se perdit un instant, tandis que sa conscience oblitérait le monde extérieur.

    « A vrai dire, vous pourriez peut-être m’aider, dit-elle doucement. Je cherche quelqu’un, dans ce désert. Un Adorateur du Scorpion, en fait. Un homme. Un philosophe. Ça vous dit quelque chose ? »

    Elle avait oublié de préciser que l'homme en question était mort depuis plusieurs milliers d'années. Mais de toute façon, rien ne venait, sinon la franchise. Autant parler directement. Et la connexion entre la présence de la lame et le danger imminent n’avait toujours pas franchi le voile des rêves.
    Ellana
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    Adoratrice du Scorpion
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    Un philosophe ? Plus précisément un Adorateur du Scorpion philosophe ?
    Ellana haussa un sourcil, incrédule. Elle trouvait déjà miraculeux que certains AdS soient dotés de neurones. Non pas qu'elle les sous-estime, loin de là, elle avait pertinemment conscience du fait que, s'ils n'étaient pas tous uniquement guidés par leur brutalité, elle n'en demeurait pas moins incroyablement présente dans chacun de leurs actes.
    Un Adorateur du Scorpion ne réfléchit pas, il vit. Tue comme il en a envie. Avance selon ses désirs et ne remet jamais en doute ses valeurs ou ses choix puisqu'ils sont ancrés dans la tradition même du clan auquel il appartient.
    Prétendre s'aventurer sur son propre chemin est hypocrite, lorsque l'on est Nomade. Alors prétendre être philosophe... Lui semblait aussi stupide que farfelu.

    Pourtant, et parce qu'elle ne sentait aucune hostilité dans ses gestes et dans sa voix, Ellana décala imperceptiblement sa lame. Juste ce qu'il fallait pour être prête à l'égorge au moindre mouvement suspect. Juste ce qu'il fallait pour prétendre discuter de façon calme et civilisée, parce que sa vis-à-vis attisait autant sa suspicion que sa curiosité.

    Silencieuse, elle se perdît un court instant dans le mouvement, incessant, de ses pensées, ouvrît les multiples serrures qui s'offrirent à elle pour y chercher des informations qu'elle avait jetées dans un coin de sa tête, parce qu'elle n'avait jamais trouvé le temps d'un peu plus les analyser. Rien. Aucune trace d'un quelconque philosophe. Elle avait entendu parler de la tombe d'un homme qui avait marqué les Adorateurs, quelques temps auparavant. Avant le Grand Sommeil. Avant sa propre naissance, même. Mais si c'était lui qu'elle recherchait, pourquoi continuer ?

    « Il est très certainement complètement désséché, c'est inutile. »

    Terre à terre ? Un peu. Elle ne voyait pas l'intérêt de chercher à soutirer des informations à une épitaphe. Elles ne la mèneraient pas plus loin que là où elle était arrivée. Alors pourquoi ?

    « Mais je sais que, quelque part pas loin d'ici, tu peux tomber sur la tombe d'un homme qui "nous" aurait marqués. Et je suis curieuse de savoir ce que tu peux bien vouloir apprendre d'un mort. Alors je t'aiderai. Mais je t'égorgerai au premier geste suspect. »

    Elle se redressa sur ces mots, contrariée par sa soudaine tendance loquace alors qu'elle glissait doucement ses doigts dans ses cheveux, pour y chercher son scorpion. Pour s'assurer qu'il ne sentait pas non plus la moindre hostilité, de la part de la jeune femme qu'ils avaient sous le nez.
    Sola Guening
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    Instinct De Survie était vexé. Il était habitué au silence de Sola, mais cette fois c’était trop. Cette femme était clairement dangereuse. Elle a un scorpion et une lame, et vient de t’agresser ? Non ? Sola ? Bouge, fuis, panique ? Je sais pas, fais un truc, merde. Moi j’en ai marre. Enfin bref. Je vais juste me taire, quand elle est comme ça c’est inutile de lui dire quoique ce soit. Elle est tellement convaincue du bien des gens qu’elle pourrait prendre ça pour une coutume locale. J’en peux juste plus. Tu sais quoi ? Je boude.

    L’univers de Sola avait son propre fonctionnement. Il lui arrivait fréquemment d’agir intérieurement. Elle rêvait de ses actions, et se rendait compte après coup que rien n’était réel, et qu’elle n’avait pas bougé. Son imagination était si puissante qu’elle prenait quelques fois le pas sur sa conscience. Mais tout de même, pendant que la Scorpionne parlait, Sola avait fini par comprendre qu’elle venait d’échapper à la mort. Son cœur battait, fort. Ses mains devinrent moites, et de la sueur commença à perler sur sa nuque. Mais elle garda son calme facilement. Dans ce genre de moments de tension, le cerveau humain pouvait développer des trésors de perspicacité. Ici, Sola avait compris. Elle était habituée à s’immerger dans la personnalité des personnages, elle savait le faire avec des humains. Un instant, un très court instant, elle suivit la pensée de la femme en face d’elle. L’envie de meurtre, la surprise. Le calme. Tout s’enchaînait. Et Sola n’était plus en danger. Quand elle le comprit, son cœur ralentit. Et la femme venait de finir de parler.
    Elle l’avait même proposée de l’aider. Sola sourit. C’était une réussite critique. La chaleur, qui venait de quitter ses poignets, revenait par grandes bouffées.

    « Avec plaisir. »

    Elle allait tendre la main et se présenter, mais un instant, son instinct de survie, après avoir boudé et heureux de constater qu’on l’écoutait enfin, lui suggéra que ce serait ce que la Scorpionne appelait « geste suspect ». Elle se contenta donc de rester en place, droite comme un piquet, et de sourire.

    « Je m’appelle Sola Guening, je suis auteure. Vous passez devant ? Vous pourrez m’en dire plus sur cet homme en
    chemin. Oh et, je ne suis pas armée. J’ai juste cette valise, peut-être que vous voulez fouiller ? »


    Elle sourit franchement. Sola était comme ça. Elle aurait pu pardonner à la Scorpionne si celle-ci lui avait coupé un bras.
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